Les musulmans de Québec veulent l’inclusion des signes religieux

(Québec) Le Centre culturel islamique de Québec (CCIQ), qui héberge notamment la Grande mosquée, réclame le retrait des dispositions «islamophobes» du projet péquiste de charte des valeurs québécoises. Sans quoi il promet d’en déférer aux tribunaux.

En conférence de presse dans la salle de prière – les journalistes ont dû se déchausser -, ils étaient six à la table, l’iman au centre. Ils demandaient en choeur au porteur du ballon politique, le ministre Bernard Drainville, de convier les Québécois à une véritable consultation publique structurée. Selon les représentants du CCIQ, il s’agit de la seule avenue envisageable pour que la charte en devenir soit inclusive.

Au fil des interventions, on comprendra que la proposition gouvernementale n’est pas rejetée dans son ensemble. Plusieurs aspects, dont la confirmation de l’égalité entre les hommes et les femmes, font consensus. Mais la disposition visant à interdire le port de signes religieux ostentatoires dans l’appareil gouvernemental dérange. On y perçoit une charge directe contre le voile des femmes musulmanes.

Tout au bout de la table, Fatou Kiné Cissé, enseignante au teint d’ébène, voulait clamer sa liberté de choix. «Le gros du problème reste encore l’incompréhension. […] Tant qu’on va croire que [le voile], c’est une soumission à l’homme, on n’est pas sorti du bois!» Elle réclame son droit de vivre sa religion, son droit d’adhérer au voile.

Port du niqab

À côté d’elle, Zebida Bendjeddou, présidente du conseil des femmes du CCIQ, répétait que la population n’a pas à craindre que des dames vêtues d’un voile intégral bossent dans les ministères, ou qu’elles refusent de soulever leur niqab pour voter ou se faire photographier afin de produire un permis de conduire. «Ça se fait déjà. […] Les femmes qui portent le niqab, elles se découvrent le visage.»

De toute façon, commente Fatou Kiné Cissé, le niqab est certes voyant, confrontant pour le quidam. Mais est-ce un réel problème? «Je n’en connais pas beaucoup. Je pense qu’on peut compter sur les doigts de la main les femmes qui le font à Québec.»

L’important est de préserver le droit des femmes de faire le choix du voile ou non, ajoute l’imam Abdelbaset Benaïssa. Selon lui, le voile est une «prescription divine». Il évalue tout de même que la liberté de choix de la femme doit prévaloir.

Contestation légale

Donc, le CCIQ est prêt à en découdre pour battre le projet «islamophobe entre les lignes», avertit Mohamed Labidi, fonctionnaire fédéral et président du CCIQ. «Si jamais la charte passe, on va la contester de façon légale.»

M. Labidi préférerait cependant un dialogue social qui permettrait d’assurer le droit des femmes musulmanes voilées de travailler pour l’État. «C’est un projet qui en train de diviser la société québécoise. Le CCIQ invite M. Drainville à retirer la proposition […] et à organiser une consultation où tous les citoyens pourront s’exprimer.»

Une charte des valeurs ne doit pas être rédigée par des stratèges politiques dans des bureaux aux portes closes, insiste-t-il. «[Le Parti québécois] joue un jeu électoraliste, populiste pour attirer des votes. Une charte doit unir et non diviser.»

via Les musulmans de Québec veulent l’inclusion des signes religieux | Baptiste Ricard-Châtelain | Société.

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