Des résidants de Québec séduits par l’islam

(Québec) Ils prient cinq fois par jour, fréquentent les mosquées, consomment de la nourriture hallal et jeûnent pendant le mois du ramadan. Le Soleil a rencontré des résidants de Québec qui ont troqué le Bible pour le Coran. Ces convertis à l’islam témoignent.

Marie s’installe timidement aux côtés de quatre «soeurs». Sa voisine l’aide à installer son petit tapis sur lequel elle s’agenouille alors que l’imam de la mosquée de Limoilou entame la récitation des versets du Coran pour le rituel de la prière.

Convertie depuis à peine deux semaines, cette analyste de projet sait qu’elle a encore beaucoup de choses à apprendre au sujet de sa nouvelle religion. «Je suis encore un peu vanille», explique la femme de 44 ans qui a découvert l’islam lors d’un voyage en Égypte en 2008. «Quand j’entendais l’appel à la prière, ça venait me chercher. Je me sentais bien», raconte Marie, qui a grandi dans une famille catholique.

«Mais je me posais beaucoup de questions par rapport à l’Église catholique et je trouvais certaines choses illogiques, comme le fait que les prêtres n’aient pas le droit de se marier», raconte-t-elle.

De retour du pays des pyramides, Marie a voulu en savoir plus sur la religion qui a piqué sa curiosité. Mais c’est après le décès de sa mère en 2009 qu’elle s’est véritablement tournée vers l’islam. Sa rencontre avec un musulman à la fin de l’été 2011 l’a quant à elle convaincue de se convertir pour de bon. «Cela m’a donné le coup de pied qui me manquait», affirme-t-elle.

Marie assure cependant ne pas avoir eu de pression de la part de son conjoint pour changer de confession. «Il m’a dit d’aller à la mosquée et de parler avec un imam», relate celle qui sent plutôt avoir été guidée par Dieu dans son cheminement spirituel.

Brian Semple, 54 ans, a aussi été intrigué par un appel à la prière qu’il a entendu au Sénégal en 1998. Mais c’est un musulman rencontré à Québec qui lui a fourni, quelques années plus tard, des réponses aux questions qu’il se posait. «J’ai découvert que l’islam et la religion chrétienne avaient plus de ressemblances que de différences», explique cet anglophone protestant de Québec dont la famille est originaire d’Écosse. Le guide touristique a flirté avec d’autres religions avant de faire son choix. «Le message est le même, il faut adorer Dieu», illustre-t-il.

C’est lorsqu’il a atteint le «bas-fond» après avoir vécu plusieurs deuils qu’il a fait le saut en 2004. «Je cherchais la paix dans ma vie», affirme M. Semple, qui dit avoir été séduit par la «relation directe» qu’entretiennent les musulmans avec Dieu. «Chez les protestants et les catholiques, on prie au nom de Jésus ou au nom de Marie. Et il y a des saints pour tout», avance celui qui s’est uni à une Marocaine il y a trois ans. Brian Semple admet avoir d’abord trouvé les règles de sa religion d’adoption un peu rigides. «Mais cela a donné à ma vie une direction plus claire», indique celui qui est très impliqué dans la communauté musulmane.

Julian Vivancos, 30 ans, considère aussi qu’il y a beaucoup trop d’intermédiaires entre Dieu et les fidèles catholiques. «Il y a le pape, les prêtres, les curés», énumère ce doctorant en phytopathologie à l’Université Laval. Le chercheur trouve qu’il y a une «hiérarchie religieuse» pesante dans la religion qu’il a reniée il y a quelques années.

Ce dernier s’est converti à l’islam en France avant de s’installer au Québec avec sa femme d’origine marocaine. C’est au début de ses études qu’il a fait sa connaissance et celle d’autres musulmans qui lui ont parlé de l’islam. «Avant les attentats du 11 septembre, je ne savais rien de cette religion. J’ai trouvé qu’il y avait un grand décalage entre ce que je voyais à la télévision et mes amis de l’université», témoigne-t-il.

M. Vivancos reconnaît avoir parfois du mal à se lever au petit matin pour faire sa première prière. «Mais l’islam me donne une hygiène de vie», dit-il, ajoutant qu’il a accepté cette religion «et tout ce qui vient avec».

Par contre, sa famille a eu du mal à digérer son changement de confession. «Ç’a été la guerre», laisse-t-il tomber. «Mes parents avaient peur que je sois dans une secte», évoque le chercheur. C’est en apprenant à connaître l’islam que ces derniers ont finalement accepté sa décision. Selon le chercheur, les Québécois auraient aussi tout à gagner à se renseigner davantage sur sa religion d’adoption puisque, dit-il, cela leur permettrait de laisser tomber certains préjugés.

via Des résidants de Québec séduits par l’islam | Annie Mathieu | Québec musulmane.

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