Lettre ouverte de la part des victimes de la tuerie du 29 janvier 2017

Des familles des victimes, ainsi que des blessés et des rescapés de la tragédie du 29 janvier 2017 à la Grande Mosquée de Québec ont envoyé une lettre ouverte . Le CCIQ a reçu une copie.

Voici le texte de la lettre :

Québec, le 12 décembre 2020

Lettre ouverte

Des familles touchées par la tuerie de la Grande Mosquée de Québec

À l’attention de :

  • Madame la Directrice des poursuites criminelles et pénales,
  • Monsieur le Procureur général du Québec, et
  • Monsieur le Procureur général du Canada

Le 26 novembre 2020, la décision de la Cour d’appel du Québec déclarait que l’article 745.51 du Code criminel était inconstitutionnel et ordonnait son annulation immédiate. Pour rappel, cet article, introduit par le législateur en 2011, permettait aux tribunaux d’imposer des périodes consécutives de 25 ans avant que l’accusé ne soit admissible à la libération conditionnelle pour des meurtres au premier degré.

De ce fait, le tueur qui est à l’origine de la tragédie de la Grande Mosquée de Québec, si la Commission des libérations conditionnelles venait à accepter sa demande de libération après 25 ans de détention, se retrouverait libre dans nos rues.

De ce fait, les familles des victimes tuées, les blessés graves dont un est en chaise roulante pour le restant de sa vie, les orphelins et les rescapés parmi lesquels cinq enfants ébranlés injustement, ainsi que leurs familles, ne seront plus considérés victimes mais condamnés à accepter le sort sordide qu’a décidé la Cour d’appel du Québec. C’est une iniquité sans nom.

De ce fait également, la société québécoise serait moins à l’abri des tueurs qui savent calculer et qui seront dorénavant protégés par des lois qu’on peut réécrire au besoin. Ils savent que dorénavant en quelques mois de procédures judiciaires, ils pourront passer de condamnés pour crime majeur, à victime de la société. C’est aussi est une iniquité que ressentent les familles des victimes de la Grande Mosquée de Québec. Bien plus, nous craignons que l’application variable au Canada de cette disposition ait un impact potentiel sur les peines des autres tueurs ayant commis des meurtres multiples (notamment ceux récents en Ontario et au Nouveau-Brunswick) qui pourraient demander la révision de leurs peines. Et de ce fait, toute la société canadienne ressentirait alors le même sentiment d’iniquité.

De ce fait également, ces familles viennent d’apprendre avec stupéfaction, par la décision de la Cour d’appel du Québec, que la Cour supérieure a erré dans sa décision, que la gravité du crime serait bien moins importante que l’état d’âme du tueur et que pour cela, sa condamnation en application de l’article 745.51 du Code criminel est considérée « cruelle, inusitée et exagérément disproportionnée ». Elle n’a pas tenu en compte que, pour les victimes et leurs familles, penser que le tueur pourrait retrouver la liberté après 25 ans de détention serait pour elles encore plus cruel, inusité et exagérément disproportionné. Elles ne pourraient plus jamais retrouver les siens ou la santé d’avant le 29 janvier 2017, alors que le tueur, lui, pourrait retourner auprès des siens après quelques années.

Les familles n’en reviennent pas de voir que l’horreur des gestes posés par le tueur ce 29 janvier 2017, en commettant six meurtres au premier degré, quarante tentatives de meurtre et un tsunami de stupeur et de peur dans la société québécoise, n’a pas été retenue dans l’analyse de la Cour d’appel du Québec pour rendre sa décision. Une autre iniquité sans nom.

Les iniquités que nous ressentons, la détresse renouvelée de douleurs et d’émotions ainsi que la tourmente judiciaire dans laquelle la décision de la Cour d’appel du Québec nous plonge, font que nous allons, avec nos enfants, vivre dans un deuil perpétuel et dans un grand sentiment d’injustice alors que nous espérions avoir la force et le courage pour tourner une page extrêmement douloureuse et pénible sur tous les plans.

Nous comprenons que le tueur de la Grande mosquée a des droits en vertu de la Charte des droits et libertés de la personne, mais ces droits ne doivent jamais prévaloir sur ceux des victimes et de leurs familles. Or, avec la possibilité pour le tueur d’être libéré après 25 ans de détention, les sentiments de ces dernières sont ignorés en faveur de ceux du tueur.

Nous avons encore confiance en notre système judiciaire et nous croyons fortement que la situation doit être corrigée pour que justice soit faite en toute équité.

Pour tout ce qui précède, nous soussignés, familles de pères tués, les blessés et les rescapés, ainsi que leurs familles, demandons à la Directrice des poursuites criminelles et pénales, au Procureur général du Québec et au Procureur général du Canada de prendre tous les moyens en leurs pouvoirs pour que la décision de la Cour d’appel du Québec soit portée en appel à la Cour suprême du Canada.

Signé à Québec, ce 12ème jour de décembre 2020

Les signataires

Familles des victimes de la tragédie du 29 janvier 2017 à la Grande Mosquée de Québec

Famille de Aboubaker Thebti

Famille de Azzedine Soufiane

Famille de Ibrahima Bary

Famille de Khaled Belkacemi

Famille de Mamadou Tanou Bary

 

Les blessés et les rescapés

Abdelhak Achouri

Abdelhamid Smaïr

Ahmed Cheddadi

Aymen Derbali

Hakim Chambaz

Kamel Ahmanache

Larbi A Yahia

Malik Sedkaoui

Mohamed El Hafid

Mohamed khabar

Moukhliss Hanane

Rachid Aouame

Zouheir Najai

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