Viande halal: plus de transparence demandée

(Québec) Certains en sont choqués, d’autres y voient une excellente occasion d’affaires. Mais la tourmente médiatique ayant entouré le printemps dernier au Québec les méthodes d’abattage rituel démontre que cette pratique ne laisse personne indifférent, et qu’il y a urgence pour la rendre plus transparente.

C’est sur cette trame de fond que se déroulera les 24 et 25 octobre à l’Université du Québec à Mont­réal un colloque international sur le marché halal au Canada et ses enjeux dans un contexte d’islam minoritaire. L’événement était toutefois planifié depuis bien avant cette crise, assure l’un de ses organisateurs, Bouazza Mache, de l’agence de marketing MarkEthnik.

L’activité vise à «combattre les préjugés», souligne celui qui souhaite voir le débat revenir à une dimension moins émotive et aborder la question sous l’angle du «vivre ensemble».

Bien que le marché halal s’élargisse de plus en plus à une multitude de produits, par exemple la fabrication de cosmétiques ou de médicaments sans alcool ou sans gélatine, ou encore de bières, de whiskys ou de champagnes sans alcool, c’est clairement la question de l’abattage des animaux qui suscite les passions, convient Khadiyatoulah Fall, responsable de la Chaire d’enseignement et de recherche interethniques et interculturels à l’Université du Québec à Chicoutimi et lui aussi organisateur du colloque.

D’entrée de jeu, le professeur tient à préciser que le débat printanier a ciblé particulièrement la communauté musulmane, mais que l’abattage rituel est aussi pratiqué par les Juifs. Dans un cas comme dans l’autre, l’animal est égorgé sans avoir été préalablement étourdi ainsi que le veut la pratique courante au Canada et en Occident, ce qui, pour les opposants, constitue une forme de cruauté inutile.

Cela étant établi, M. Fall constate à quel point la polémique a fait ressortir la nécessité d’une plus grande transparence pour tous. En effet, autant certains consommateurs veulent être certains de ne pas manger ces viandes à leur insu, autant ceux qui les recherchent veulent-ils avoir l’assurance que c’est bien ce qu’ils mangent! Le chercheur plaide donc pour un étiquetage des méthodes d’abattage. «Les gouvernements fédéral et provincial doivent s’atteler à ça», croit-il.

Souffrance animale

L’autre enjeu soulevé au printemps aura été toute la question entourant les méthodes d’abattage elles-mêmes, que d’aucuns estiment cruelles.

On a présenté les juifs et les musulmans comme des barbares, déplore l’universitaire, alors que l’on sait qu’il existe des techniques permettant d’éviter la souffrance. «Le judaïsme et l’islamisme ne sont pas indifférents aux manières de faire», dit-il.

En outre, il estime qu’il y a présentement un «espace d’accommodement» au sein de ces communautés, qui pourrait ouvrir la porte à une forme d’étourdissement.

Il ne faut pas oublier, de dire le spécialiste, que c’est toute l’industrie de l’élevage qui est concernée par les questions d’éthique. Quand on voit des animaux entassés dans des camions, bousculés, blessés, traités sans ménagement, ce sont les mêmes questions qui se posent.

Il estime par ailleurs que la consommation de produits halal dans des sociétés qui ne sont pas majoritairement musulmanes (ou de produits casher pour les juifs) n’est pas une forme d’enfermement d’une communauté sur elle-même, mais au contraire une forme d’intégration à sa société d’accueil.

«La bouffe est un espace de rencontre interculturelle, pas de confrontation entre les religions. C’est la preuve que les gens veulent être dans l’espace public avec les autres, aller au restaurant, manger un hot-dog (au boeuf plutôt qu’au porc) dans la rue, accompagner les amis qui boivent de l’alcool», conclut-il.

Un marché à saisir

Le marché des viandes halal est en explosion partout sur la planète. Qu’ils le veuillent ou non, les Québécois sont confrontés à un choix, prendre le train et en retirer les bénéfices ou voir les musulmans s’approvisionner sur les marchés extérieurs.

Il s’agit d’un marché de 800 mil­liards $ par année à l’échelle mondiale; les musulmans sont les plus grands mangeurs de viande dans le monde, soumet Khadiyatoulah Fall, de l’Université du Québec à Chicoutimi, organisateur du colloque sur l’halal qui se tiendra cette semaine à Montréal.

Plus du quart des volailles produites en France sont exportées vers les pays musulmans, souligne-t-il. Pourquoi les Québécois ne profiteraient-ils pas de cette occasion?

Chose certaine, dit-il, si les musulmans ne trouvent pas de viande halal ici, ils vont en importer. Selon lui, les producteurs québécois ont tout intérêt à fournir le marché intérieur, mais aussi à exploiter les marchés d’exportation.

«La plupart des autres pays occidentaux ont compris l’existence de cette manne et s’ajustent. Les musulmans sont en train de prendre les habitudes de vie des Occidentaux. Ils cherchent des produits qui sont licites pour eux, pour leur religion. C’est un marché à conquérir.»

Tout cela n’est que question de logique économique, croit l’universitaire, qui y voit également une occasion de développer l’entrepreneuriat au sein de cette communauté.

viaViande halal: plus de transparence demandée | Claudette Samson | Agro-alimentaire.

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