Une école taillée sur mesure pour les musulmans dans Montcalm

(Québec) En plein coeur du quartier Montcalm, un établissement scolaire privé propose depuis cinq ans à des élèves du primaire un programme axé sur les valeurs musulmanes et l’enseignement de l’arabe. Après avoir ouvert une garderie en 2009, l’École de l’Excellence souhaite à nouveau élargir son offre et accueillir, dans un horizon de deux ans, des élèves du secondaire.

«Salam Alikoum! Entrez s’il vous plaît.» C’est une fillette qui répond à l’interphone de l’école située sur l’avenue de Lévis, qui occupe le deuxième étage d’un bâtiment également loué à d’autres organismes. Avec 80 élèves, incluant ceux qui fréquentent la garderie, l’établissement scolaire n’a pas encore atteint sa pleine capacité de 120 jeunes.

Mais, selon sa directrice et fondatrice, Amira Boulmerka, cela ne saurait tarder, puisque le nombre d’immigrants de confession musulmane qui s’installent dans la région ne cesse de croître. De plus, Mme Boulmerka et son équipe travaillent depuis plusieurs années pour obtenir des subventions du gouvernement québécois afin de rendre l’école plus accessible aux familles qui n’ont pas les moyens de débourser les quelque 3200$ annuels – incluant les remboursements des frais de garde – que coûte l’inscription d’un enfant.

Pour y arriver, la direction doit être en mesure de démontrer qu’elle remplit tous les critères définis par le ministère de l’Éducation, dont celui, impératif, de suivre à la lettre son programme d’enseignement de l’école québécoise. En plus de répondre à cette exigence, Mme Boulmerka affirme que les élèves qui ont subi l’épreuve ministérielle à la sixième année du primaire l’ont très bien réussi et se sont bien classés lors des examens d’admission des écoles privées secondaires.

La directrice espère d’ici un à deux ans permettre à ses finissants du primaire de poursuivre leur programme scolaire au secondaire. «On a le permis depuis 2011, mais on attend d’avoir le nombre d’inscriptions nécessaires», explique celle qui songe déjà au réaménagement des locaux et même à un éventuel déménagement de l’école.

Besoin dans la région

C’est en 2003 que l’idée d’ouvrir une école enseignant l’arabe et les valeurs musulmanes a germé dans la tête de l’ingénieure chimiste originaire d’Algérie. Après avoir entendu parler d’une dizaine d’établissements similaires à Montréal, cette mère de trois enfants s’est rendu compte en discutant avec des amis qu’elle n’était pas la seule à trouver qu’il y avait un manque dans la région.

Si les démarches pour obtenir les accréditations nécessaires ont été longues, celles pour trouver des locaux adéquats ont été fastidieuses. Un premier emplacement a été trouvé à Sainte-Foy, mais les propriétaires de l’endroit se sont retirés du projet alors que celui-ci était sur le point de se concrétiser. C’est finalement un agent d’immeubles qui a déniché l’emplacement actuel de l’école, qui a ouvert ses portes à 16 élèves à la rentrée des classes de 2007.

Sur les cinq professeurs qui enseignent à temps plein, quatre sont d’origine québécoise, alors que celle qui apprend aux enfants l’arabe est née au Maroc. Le directeur pédagogique, Michel Leblond, travaillait autrefois à l’école privée Saint-Charles-Garnier.

Puisque les élèves ont droit à six heures de cours d’arabe en plus de leurs classes régulières, ils quittent l’école à 16h plutôt qu’à 15h15. «Le français est la langue maternelle de la majorité des enfants qui sont pour la plupart nés ici. C’est pour ça que leurs parents veulent qu’ils apprennent aussi l’arabe», affirme Mme Boulmerka.

Ceux-ci, dit la directrice, sont également séduits par les valeurs musulmanes que l’établissement véhicule. «Ce sont des valeurs universelles, comme celle du respect de l’autre», explique-t-elle. Le Coran est également étudié par les enfants dans le cours d’éthique et de culture religieuse, mais aussi dans celui du cours d’arabe. «L’enseignante y fait référence et demande aux enfants d’en apprendre certains passages», relateMme Boulmerka, ajoutant que d’autres manuels sont utilisés pour l’apprentissage de cette langue.

La religion est par ailleurs omniprésente dans l’école, alors que certains élèves se réunissent à l’heure du midi dans une salle omnisports pour effectuer la dohr, ou prière du midi. Selon la directrice, il s’agit d’une initiative des parents qui ont tenu à ce que leurs enfants puissent prier. Bien qu’un surveillant est sur place lors du rituel, ce sont des jeunes qui, à tour de rôle, s’improvisent imam et dirigent le petit groupe. «Ils imitent leurs parents», affirme Amira Boulmerka, qui assure que l’activité est volontaire.

Depuis son ouverture, seulement deux enfants non musulmans ont été inscrits à l’école. Mais pour pallier le manque de diversité, l’établissement organise des activités avec d’autres écoles du secteur. «Une chose est certaine, ils ne sont pas isolés», assure la directrice, qui soutient que les diplômés de l’École de l’Excellence auront tous les outils nécessaires pour assurer leur intégration professionnelle et sociale une fois adultes.

Via Une école taillée sur mesure pour les musulmans dans Montcalm | Annie Mathieu | Québec musulmane. 

Vous aimerez aussi...